Une recherche effectuée et écrite par Kiessée Domart N'Sondé (3ème B) et Léna Zobenbuhler (3ème A)

                              Wodka

Charles et Jacques Wodka

 

La Famille Wodka avant l’Occupation :

Sara Bresler et Max Wodka sont nés à Varsovie, s'y sont rencontrés et s'y sont mariés. Anna, Philippe et Perla (Paulette en français) sont leurs trois premiers enfants, né à Varsovie en 1919, 1922 et 1929.

Après cette date, sans qu'on ait retrouvé de date précise de leur entrée en France, la famille Wodka quitte la Pologne pour s'installer à Paris. Ils y immigrent avec deux frères de Max, Les trois familles s'installent au début des années 30 dans le 20ème arrondissement : 50 et 52 rue de la Mare pour la famille de Max et celle de son frère Jakob, 5 rue du Soleil pour la famille de son frère Joseph.

Les enfants résidant rue de la Mare fréquentent les écoles du quartier : celle de la rue de la Mare pour les filles et celle du 26 rue Henri Chevreau pour les garçons. Le père, qui apporte de Pologne un savoir faire dans le travail du cuir, est piqueur de tiges chez un fabriquant de chaussures.

Le 24 novembre 1932 naît Charles, dans le 12ème arrondissement de Paris, peut-être à l'hôpital Rothshild. Les fiches familiales de la Préfecture des deux parents, Max et Sara, indiquent à la même date la naissance d'une sœur jumelle, Gisèle, mais nous n'avons pas retrouvé sa trace par ailleurs. Né sur le sol français, Charles est le premier de la famille à avoir la nationalité française.

Deux ans plus tard, le 1er décembre 1934, naît Jacques Wodka, dans le 12ème arrondissement également.

 

Charles et Jacques :

Les deux frères ont été scolarisés à Jean-Baptiste Clément - qui était, à l'époque, une école élémentaire et un cours complémentaire. Charles y est inscrit le 3 janvier 1940 et son frère Jacques l'année suivante, pour la rentrée du 4 octobre 1941.

Les deux frères paraissent peu obéissants, et joueurs. On peut très bien les imaginer faire les 400 coups dans les rues du quartier. Le directeur de l'école écrit même, à propos de Jacques, que «son intelligence et ses progrès sont médiocres, sa conduite et sa tenue passable»[1] ; Charles est quant à lui qualifié d' « insupportable »[2] mais il ne faut pas oublier que les professeurs étaient aussi plus sévères qu'aujourd'hui.

 

Pendant l’Occupation :

Après la défaite française et la signature de l'armistice, la France est occupée par l'armée allemande. Les soldats entrent dans Paris le 14 juin 1940.

Rapidement, une politique de persécution des Juifs va se mettre en place : En septembre 1940, un recensement des juifs est réalisé. Ceux-ci se font donc recenser, sans méfiance pour la plupart d’entre eux. En effet, la France étant le pays des Droits de l’Homme, ils sont persuadés qu’ils y sont en sécurité. Lors du recensement, on leur demande leur nom, leur adresse, leur profession ainsi que leur lieu de travail car, même s’ils ne s’en doutent pas, cela va permettre des les retrouver facilement pour les arrêter.

Dès octobre 1940, plusieurs décrets les empêchent de pratiquer certaines professions ; ils sont alors exclus de la fonction publique, de l'armée, de l'enseignement et de la presse. Leur sont même interdites par la suite les métiers en rapport avec le public, comme coiffeur ou vendeur.

Après un arrêté datant du 9 novembre 1940, les Juifs n'ont également plus le droit d’avoir en leur possession un vélo. Nous ne savons pas si quelqu'un, chez les WODKA, en possédait mais, si c'était le cas pour Max le père, ou Philippe, le frère aîné, ils ont dû le déposer à la Préfecture. C'est ce qu'a été forcé de faire le cousin  germain des deux enfants, Pierre Wodka qui habitait rue du Soleil. Nous avons rencontré Simone Wodka, son épouse aujourd’hui âgée de 92 ans et qui nous a montré le récépissé qui lui a été remis à la réception de son vélo le 17 mai 1941.

Le climat antisémite s'intensifie : le 13 août 1941, les Juifs doivent déposer leur radio -s'ils en possèdent une- à la Préfecture. On cherche à les empêcher de communiquer : les lignes téléphoniques sont coupées, et l'accès aux cabines téléphoniques leur est interdit. Les Juifs n'ont également plus le droit d'aller au cinéma ou d'assister à des spectacles.

Même si Charles, Jacques, Paulette et leurs parents, ne sont pas directement concernés par ces mesures, étant plutôt pauvres, d'autres ont un impact important et direct sur leur vie courante : les Juifs doivent, par exemple, aller faire leurs courses très tôt le matin ou tard dans l’après-midi, et un couvre-feu leur est imposé : ils ne peuvent pas sortir de chez eux entre 20h et 6h. L'accès aux parcs et aux squares leur est aussi interdit, ce qui a sûrement été dur à vivre pour de jeunes enfants comme les deux frères. Dans le métro, ils ne peuvent emprunter que le dernier wagon ce qui accentue leur mise à l’écart de la société. Plus tard, l'accès à plusieurs bâtiments publics, comme les bibliothèques, sera désormais interdit :  la circulaire 211 du 9 octobre 1942 décrétera l’ « Interdiction des Bibliothèques publiques aux Juifs ». Il leur sera demandé de rapporter au plus vite les livres empruntés dans les bibliothèques municipales, et de ne plus s'y inscrire. Parallèlement, toute personne voulant emprunter, pour la première fois, des documents dans une de ces bibliothèques devra signer une attestation certifiant qu'elle n'est pas juive.

Ces lois, décrets et mesures sont faits pour stigmatiser et discriminer les Juifs, mais également pour leur ôter tout moyen de fuir (réquisition des vélos) et d'être prévenus (pour les radios...) d'une rafle. Les Juifs sont traités de manière à ce que la population les considère comme «contagieux», c'est en tous cas ainsi que l'a ressenti Simone Wodka, la femme de Pierre.

 

 

Le recensement de septembre 1940, surnommé « fichier juif », va faciliter les rafles notamment celle des « billets verts » du 14 mai 1941 et dont Simone Wodka nous a raconté le processus. Ce jour-là les Juifs reçoivent une convocation (un papier vert précisément) leur demandant de se présenter le jour même dans divers lieux de rassemblement pour un « examen de situation », munis de cette convocation et de papiers d’identité et accompagnés d’un membre de leur famille. Celle-ci précise également que toute personne ne se présentant pas à l’horaire indiqué s’exposerait à de fortes sanctions. Beaucoup de Juifs tombèrent dans ce piège : effectivement, l’expression  « examen de situation » laissait penser qu’on les convoquait seulement pour un contrôle d’identité, une vérification de leurs papiers, mais pas pour les arrêter. On peut ajouter à cela qu’on ne leur demandait pas d’apporter d’affaires ce qui finit de les rassurer car cela signifiait qu’ils rentreraient chez eux le soir. Malheureusement, rien ne se passa comme prévu. On vérifiait attentivement l’identité des Juifs afin d’être sûr qu’ils n’avaient pas envoyé quelqu’un d’autre à leur place puis les personnes venues les accompagner furent renvoyées chez elles avec pour mission de rapporter des affaires et de la nourriture aux Juifs s’étant présentés qui, eux, étaient obligés de rester. Une fois les affaires rapportées par leurs « accompagnateurs », ils furent déportés le jour même dans les camps d’internement du Loiret. Max ne se présenta pas le 14 mai à la convocation mais Philippe Wodka,  le frère aîné de Jacques et Charles s’y rendit ; il fut interné à Beaune-la-Rollande.

 

 

Enfin, le 7 juin 1942, alors que Jacques et Charles ont respectivement 7 et 9 ans, tous  les Juifs de plus de 6 ans se voient obligés de porter une étoile jaune. Sarah va ainsi acheter, pour elle-même, son mari et ses enfants une étoile jaune portant l'inscription ''Juif'', et ce en échange de tickets de rationnements pour le textile. Elle va ensuite les coudre sur le revers de leurs vestes, afin que l'étoile soit visible lorsqu'ils sont dans la rue. On peut imaginer la honte des deux garçons lorsque, au matin du 8 juin, ils arrivent à l'école avec cette étoile sur la poitrine ; et les regards de ceux qui n'ont pas à la porter. Mais Jacques et Charles continueront à aller à l'école avec leur étoile jusqu'au 13 juillet, date du début des vacances d'été.

 

La rafle du Vel’d’Hiv’ – 16 juilet 1942

Simone Wodka nous a raconté en détail ce qu’elle sait de la rafle, l’ayant vécue aux côtés de Max. Le mois de juillet 1942 est morne ; outre l’interdiction de fêter le 14 juillet décrété par le régime de Vichy, des rumeurs circulent : une rafle très importante se prépare et devrait avoir lieu prochainement. Durant les rafles précédentes, ce sont les hommes qui étaient arrêtés ; on s’attend donc cette fois à ce que ce soit la même chose. Beaucoup d’hommes se cachent alors. Le 15 juillet, Max Wodka, son frère Joseph, son neveu Pierre et Jacques, un 4ème homme dont Simone ne se souvient plus le nom, se cachent dans l’atelier de fabrication de chaussures de Joseph, au 18 rue de Belleville. Le soir du 15 juillet, Max laisse donc sa femme Sara et ses trois plus jeunes enfants, Paulette, Charles et Jacques dans leur appartement du 50 rue de la Mare. Il était convaincu qu’ils ne risquaient rien puisqu’il pensait que cette rafle, comme toutes les autres, ne concernait que les hommes.

Il se trouve que celle-ci ne va pas se dérouler comme les autres. Le jeudi 16 juillet 1942, à 5 heures du matin, Sara et ses trois enfants, Charles, Jacques et Paulette ont dû être réveillés par des coups frappés à la porte : ce sont les « agents capteurs », nom donné aux policiers français chargés de la rafle, qui leur annoncent leur arrestation. En effet, même si le chef de famille n’est pas là, ils ont pour consigne d’arrêter aussi les femmes et les enfants. Ils s'empressent donc de prendre leurs affaires les plus précieuses, les objets qui leur tiennent à cœur ainsi que quelques vêtements et un peu de nourriture, comme le demandait la circulaire émise par le Chef de la police monucipale Hennequin. On les fait descendre dans la rue : dehors, tout aussi hébétés qu'eux, attendent d'autres personnes, des familles. Les policiers font monter tout le monde dans des bus qui ne s'arrêtent qu'une fois arrivés à leur destination finale : le Vélodrome d'Hiver.

La peur est lisible sur tous les visages ; et l'incompréhension aussi : comment peut-on croire qu'en France, dans le pays des droits de l'Homme et des libertés, on est arrêté pour ce que l'on est ? Comment réaliser que ce sont les policiers français, qui semblaient jusque là protecteurs et rassurants, qui ont procédé à ces arrestations ? Lorsqu'on les fit entrer, ce qu'ils découvrirent dut les laisser pétrifiés : des milliers de personnes étaient assises dans les gradins ou à même le sol, au milieu des valises et des cris. La chaleur était infernale, en ce mois de juillet, et l'air irrespirable. Sara a peut-être réussi à trouver un coin, par terre, pour installer ses enfants près d'elle. Très vite, un problème s'est posé : les quelques toilettes disponibles, bouchées, ont débordé rapidement. L'odeur est insupportable, il n'y a pas d'eau, que ce soit pour se laver ou  pour boire. Charles, Jacques, Paulette et Sara ont probablement mangé le peu de provisions que cette dernière avait pensé à prendre. La faim, la soif et la peur ont dû les empêcher de dormir, le bruit aussi : dans le vélodrome réquisitionné, on entendait continuellement des pleurs et des cris, et les quelques infirmières et médecins qui avaient pu entrer étaient plus que débordés.

 

 

Après cinq jours passés dans cet enfer, les WODKA furent transportés au camp d'internement de Pithiviers. Après le Vel d'Hiv’, ils pensaient sûrement que rien ne pourrait être pire, mais ils se trompaient. Ce camp, crée pour 4000 personnes, en contient le double. Les deux garçons sont placés avec leur mère et leur sœur, parmi des centaines d'autres personnes, dans une baraque, et dorment uniquement sur de la paille. Ils souffrent du manque d'hygiène, comme au Vel d'Hiv', et les maladies sévissent, notamment la diphtérie, qui tue de nombreux enfants. Toute fuite est impossible et les garçons sont contraints d'obéir à une discipline de fer, eux qui aiment pourtant s'amuser. La faim est atroce, car les rations alimentaires - une sorte de café le matin, des haricots et un peu de pain dans la journée – sont insuffisantes. Mais les enfants se raccrochent certainement à leur mère et à l'idée qu'ils sont encore tous ensemble, ce qui ne va malheureusement pas durer. Au début du mois d'août, les femmes sont séparées de leurs enfants. Charles et Jacques, comme tant d'autres enfants, agrippent leur mère, refusant de la quitter ; et Sara est déparée d'eux, comme toutes les autres mères, à coups de matraques distribués par les gendarmes. C'est la dernière image que les enfants voient de leur mère, et les garçons se raccrochent maintenant à leur grande sœur, Paulette.

 

La déportation :

Fin août 42, alors qu'il ne reste quasiment que des enfants à Pithiviers, ceux-ci sont envoyés au camp de transit de Drancy, où les conditions de vie ne sont pas meilleures. Les trois enfants y restèrent sûrement quelques jours avant que, le matin du 26 août 1942, on ne les fasse monter dans un wagon à bestiaux ayant comme terminus Auschwitz, le 26ème convoi à quitter la France pour les centres de mise à mort.

Le wagon, où on étouffe, ne permet pas, en plus, de s’asseoir. On y reste donc debout, ne bougeant que pour aller faire ses besoins, et ce devant tout le monde. A la saleté s'ajoute la chaleur, insoutenable, la faim et la soif. Certains tentent de griffonner une ultime lettre, à jeter sur la voie ferrée, pour rassurer les proches ; mais dans ce wagon comportant une majorité d'enfants, on commence à douter qu'on part en Allemagne pour travailler.

Aaprès plusieurs jours de voyage, lorsque  le convoi numéro 26 ralentit puis s'arrête, les ''passagers'' sont à bout de force. Les SS les font descendre, dans le vacarme des cris et des aboiements de leurs chiens. Quelques coups de feu partent, et Charles, Jacques et Paulette ne savent pas encore où ils sont arrivés ; ils ne le comprendront jamais.

On sait que, en raison de leur âge, les enfants n'ont pas été sélectionnés pour le travail et qu'ils ont directement été dirigés vers la chambre à gaz qui est encore à cette date une fermette transforméée en bunker à l'écart du camp de Birkenau. Ils sont décédés tous les trois au centre de mise à mort d'auschwitz-Birkenau le 31 août 19423.

 

Les autres membres de la famille :

Paulette :

La sœur aînée de Charles et Jacques est restée avec eux dans le camp de Pithiviers, puis dans celui de Drancy.

Elle a été déportée, comme ses petits frères, à Auschwitz, par le convoi 24 du 26 août 1942, et est également décédée à leur arrivée.

 

 

Philippe :

Le fils aîné de la famille WODKA était tailleur.

Il a été arrêté avant ses frères, sa sœur et sa mère, en mai1941, interné au camp de Beaune-la-Rolande où il est resté plus d’une année. Là, il a rencontré beaucoup d’opposants au gouvernement de collaboration, des communistes notamment et il a beaucoup lu pour se forger une conscience politique qu’il n’avait pas et lui a ensuite servi de guide.

Il fut et déporté à Auschwitz par le convoi 5 du 28 juin 1942. Il est sélectionné pour le travail et fera, au cours de sa déportation, la rencontre d'Henri Borlant, qui est venu témoigner devant nous au mois d’avril dernier. D’après le témoignage que nous en a donné ce dernier, Philippe Wodka travaillait dans le commando des effekts qui triait et inventoriait les bagages des déportés à leur arrivée au centre de mise à mort. Leurs routes se sont croisées à Birkenau, dans la partie camp de concentration, au début de la détention d’Henri Borlant avant de se séparer au bout de quelques mois.

Après leur retour en 1945, ils se sont retrouvés tous deux lors de séjours organisés pour les jeunes rescapés des camps de concentration, sur les bords du lac d’Annecy d’abord, puis en aout 45, à Lourdes. Il ont noué une forte amitié ; Henri Borlant raconte comme il était bon pour eux de pouvoir se retrouver « entre eux » qui n’avaient pas la possibilité d’être compris de leurs proches qui n’avaient pas comme eux connu l’horreur. Ils étaient jeunes et beaux ; ils se sentaient des surhommes qui avaient vaincu les démons et étaient remontés des enfers, plus forts.

 

Sarah :

La mère de la famille a quitté ses enfants au camp de Pithiviers et sera déportée avant eux, depuis ce même camp, par le convoi 16 du 7 août 1942. A son arrivée à Auschwitz, elle a probablement été sélectionnée, car sa date de décès indiquée sur le Journal Officiel remonte à mars 1943[3]

 

Max (ou Mordka ou Mottle) :

Sur le dossier scolaire de ses fils, il est écrit que « Mordka » est mécanicien ; mais on retrouve sur d'autres documents comme le recensement de 1936, le prénom de « Max » et sur le recensement de 1946, le prénom « Mottle ». Sa profession reste « piqueur de tiges », c’est-à-dire une étape de la fabrication de chaussures.

On sait qu'il a fait la Première Guerre Mondiale, en tant que 2nde classe dans l'armée russe, et qu’il arrive en France avec sa famille au début des années 30.

Il ne s’était pas présenté lors de la rafle des « billets verts » en mai 1941 et connaissant la rumeur d’une grande rafle le 16 juillet, il se cache la veille dans l’atelier de cuir de son frère au 18 rue de Belleville. Il y reste jusqu’au 18 juillet avec son frère Joseph Wodka qui habitait rue du Soleil, son neveu Pierre, la fiancée de ce dernier, Simone Yakoubovitch, et Jacques, un voisin. Il ne savait pas qu’en rentrant chezlui, il trouverait l’appartement vide et que sa femme, sa fille et ses deux plus jeunes fils auraient été arrêtés par la police française.

Ce n’est que le 18 juillet, trois jours plus tard, que Max, en rentrant chez lui, découvre son appartement vide et comprend alors que sa famille a été arrêtée deux jours avant lors de la rafle du Vel’ d’Hiv. 

Celui-ci et les trois autres hommes avec qui il était caché se rendent compte qu’il est trop risqué de rester à Paris et décident de passer en zone libre s’exposant alors au risque d’être eux aussi arrêtés. Ils trouvent alors un passeur en qui ils ont suffisamment confiance pour les faire passer en zone libre et prennent le train à la gare Montparnasse accompagnés de celui-ci. Ils se retrouvèrent cependant dans le même train que d’autres personnes juives qu’ils connaissaient mais ils ne le montrèrent  pas car ils prenaient un énorme risque en empruntant ce train et il ne fallait surtout pas se faire remarquer. Il se trouve que certaines de ces personnes qui étaient avec eux dans le train se firent arrêter un peu plus loin mais Max et les autres hommes eurent plus de chances car ils parvinrent à atteindre la zone libre où le passeur les laissa à la gendarmerie d’Aulus-les-bains, en Ariège, près de la frontière espagnole. Ils furent alors transférés à Pau d’où on les envoya dans le camp de concentration de Gurs dans les Pyrénées. Ce camp avait servi à accueillir des Espagnols qui avaient quitté leur pays durant la guerre civile ; quand Max et ses compagnons y arrivent, s’y trouvent de nombreux  Juifs français, hollandais et allemands. Comme dans tous les camps, les conditions de vie y étaient très difficiles : les détenus étaient entassés dans des baraquements très mal isolés et dormaient à même le sol sur des sacs remplis de paille ; ils étaient très peu nourris et souffraient du manque d’hygiène. Beaucoup de juifs de ce camp furent déportés à Auschwitz entre août 1942 et mars 1943 mais heureusement, les quatre hommes réussirent à s’évader et se rendirent à Aulus-les-bains. Après s’être déplacés dans de nombreux endroits ils parvinrent à trouver une cachette dans les Pyrénées où ils restèrent jusqu’à la libération de Paris qu’ils regagnèrent en août 1944 par le premier train partant de Limoges. Durant la période où ils étaient cachés, Pierre envoyait régulièrement des petites cartes postales à sa future femme, Simone, pour lui donner de ses nouvelles et ainsi la rassurer sur leur état.

Max a donc survécu  mais a perdu sa femme et trois de ses enfants même si son fils aîné, Philippe, est revenu vivant d’Auschwitz. Se retrouvant veuf, il s’est remarié un peu plus tard avec une autre femme. Il a aujourd’hui d’autres enfants que nous n’avons pas retrouvés.

Gisèle :

Il s’agit de la sœur jumelle de Charles, citée sur la fiche familiale de la Préfecture. C’est le seul document sur lequel nous ayons à ce jour trouvé sa trace. D’après Simone Wodka, cette petite est morte très jeune, ce qui explique qu’elle ne figure pas sur le recensement de 1936. Il demeure étrange qu’elle apparaisse sur la fiche de la Préfecture qui ne faisait figurer que les enfants à charge de moins de 15 ans, mais peut-être les parents ont-ils tenu à la mentionner ?

Anna :

En ce qui concerne Anna, elle n'apparaît que dans un recensement de la population de 1936. On pourrait aussi imaginer qu'elle n'est qu'une voisine ou une amie qui se serait trouvée chez les Wodka au moment du recensement. Elle a cependant déjà 17 ans à cette période et on peut imaginer qu'elle se marie et change de nom par la suite, ce qui explique qu’on n’ait pas retrouvé sa trace.


[1] Registres d’inscription, Archives de la ville de Paris, cote 2894W 25

[2] Registres d’inscription, Archives de la ville de Paris, cote 2894W 24

[3] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000415630

 Une recherche effectuée par Awa Gassama, Berivan Ersoz, Margaux Duval-Bonte et Chucha Meddaoui.

                                                                  Handfus

 La famille Handfus

Robert :

Robert est né le 11 juin 1934 à Paris 20e. Il est d’origine polonaise. Il fréquentait l’école Henri Chevreau (notre collège) et vivait au 17 rie Henri Chevreau dans le 20e arrondissement avec sa mère Ita, son père Matès et ses deux frères Daniel et Armand.

Matès :

Le père, Matès Handfus, est né le 16 mai 1895 à Varsovie. Il voulait vivre à New-York dans la ville de son frère. Il a essayé de partir au Etats-Unis en passant par l’Argentine où il a été piqueur de tige (métier de la maroquinerie dans la fabrication des chaussures). Comme il n’arrivait pas à émigrer, il s’est finalement installé en France dans un hôtel du 20, rue de la Mare dans le 20e arrondissement où il a fait venir sa femme Ita et son fils Daniel en 1925. Ils s’installeront ensuite ensemble dans un appartement au 17, rue Henri Chevreau.

Ita :

La mère, Ita Handfus née Turyn, est née le 13 mars 1892 à Varsovie. Elle fait partie d’une famille juive très pratiquante. Elle s’occupait de ses enfants : Daniel, Armand et Robert.

Daniel :

Le frère aîné, Daniel, est né le 6 septembre 1921 à Varsovie. Il arrive en France en 1925 et il commence sa scolarité à l’école maternelle de la rue des Couronnes où il apprend à parler français car il ne parlait que le yddish. Il poursuit sa scolarité à l’école Henri Chevreau (notre collège) jusqu’au certificat d’étude complémentaire. Les élèves de l’école Henri Chevreau à cette époque étaient d’origines variées : beaucoup de grecs et de juifs d’Europe de l’est. Il n’y avait ni antisémitisme ni racisme. En 1936, Daniel devient maroquinier.

Armand :

Armand est né le 22 mai 1927 à Paris. Il fréquentait l’école Henri Chevreau. 

 

Les Handfus avant l’Occupation

Robert  Handfus naît le 11 juin 1934, à Paris dans le 20ème.  Après Daniel, né en 1921, Moshe, né en 1923 et Armand, né en 1927, c’est le quatrième enfant  de la famille Handfus.

Matès et Ita, les parents, sont tous deux Juif polonais nés à Varsovie respectivement en 1895 et 1892. Ils se marient religieusement à Varsovie et leur premier fils Sholem Heaydia, dont le nom hébraïque sera francisé en « Daniel » nait en 1921, suivi de Moshe en 1923. Malheureusement, ce dernier décède accidentellement alors qu’il est tout jeune. Malgré ce drame, Daniel décrit, dans une interview réalisée par Goby Taub en 1995 et conservée au Mémorial de la Shoah, une enfance plutôt joyeuse à Varsovie, avec sa tante et sa grand-mère, dans un logement de plusieurs pièces et une grande cour avec des chèvres. La famille est très croyante et parle yiddish à la maison. Matès, le chef de la famille Handfus est piqueur de tiges dans la fabrication des chaussures ; c’est un très bon ouvrier qui subvient sans soucis aux besoins de tous..

Les conditions de vie, les persécutions antisémites en Pologne incitent toutefois Matès à émigrer et en 1925, il cherche à rejoindre le Etats-Unis et New-York où se trouve déjà son frère, en passant par l’Argentine. Son projet n’aboutit pas et il s’arrête en chemin à Paris où il s’installe pour ce qu’il pense être une période temporaire.  Il fait ensuite venir Ita et Daniel qui le rejoignent au terme d’un périple en train puis par un bateau qui les amène au Havre. De là, ils arrivent à Paris par la gare Saint Lazare où ils retrouvent Matès qu’ils n’ont pas vu depuis un an et demi.

Pendant la guerre 1914-1918, Matès avait travaillé dans les mines de charbon allemandes. A son arrivée à Paris, il s’était installé dans un petit hôtel, 20 rue de la Mare, dont le patron parlait allemand, ce qui lui permettait de communiquer plus facilement puisqu’il n’était pas francophone. Dès 1926, Matès et Ita se marient civilement à la Mairie du XXème arrondissement, pour officialiser leur union et le 22 mai 1927 naît Armand.

Dès leur arrivée à Paris, leur fils aîné avait été inscrit à la maternelle de la rue des Couronnes. Il s’y fit ses premiers camarades même si les débuts à l’école sont difficiles car le petit garçon ne parle que le yiddish. Le 1er octobre 1928, il entre en cours élémentaire 1ère année à l’école communale de garçons de la rue Henri Chevreau, qui deviendra notre collège.  La famille réside encore à l’hôtel de la rue de La Mare, comme le montre le registre d’inscription de l’école[1].

A cette époque, le père travaille à Paris dans la fabrication de chaussures et la maroquinerie. Utilisant son savoir-faire, il est un bon ouvrier et est, de l’avis de Daniel, plutôt bien payé.

Même si Matès n’a pas totalement renoncé à son projet de rejoindre son frère aux Etats-Unis, Daniel a de bons souvenirs de sa vie parisienne. En 1930 est inaugurée la synagogue de la rue Julien Lacroix, financée par la Fondation Rotschild et des cousins de la famille les ont rejoints à Paris. C’est aussi à cette période que la famille finit par quitter l’hôtel pour emménager dans un appartement du même quartier, 17 rue Henri Chevreau.[2]

Les années 30 voient aussi un heureux événement arriver : Robert naît le 11 juin 1934, à l’hôpital Tenon. Il est le premier de la famille à avoir la nationalité française.

Ses grands frères poursuivent alors brillamment leur études dans ce qui deviendra la collège Jean-Baptiste Clément : le frère cadet, Armand, se verra louer par ses maîtres son « intelligence vive » et ses « progrès remarquables » ; il se dirigera ensuite vers le cours supérieur de la rue Sorbier pour poursuivre ses études à partir de la rentrée de 1938. Quant à Daniel, il quittera l’école à l’été 35, titulaire du Certificat d’Etudes Complémentaires[3], pour rentrer dans la vie active et travailler comme maroquinier, comme son père. Il garde une bonne image de cette école qui comptait dans ses souvenirs, beaucoup de jeunes émigrés, notamment des Juifs polonais et des Grecs, tous très vite assimilés. Un élève noir fréquentait aussi l’école sans aucune difficulté particulière d’intégration. Il assure que les maîtres y étaient très bienveillants et ne se souvient d’aucune marque de xénophobie ou d’antisémitisme.

A la même époque, les Juifs commencent à immigrer massivement d’Allemagne et racontent les persécutions qu’ils ont dû subir mais Daniel ne se souvient pas qu’ils aient été très écoutés. Pour tous les Juifs autour de lui, la France demeurait une terre de liberté et d’accueil, le pays vainqueur de la guerre et celui de l’affaire Dreyfus ; ils s’y sentaient en sécurité.

A la fin des années 30, Matès abandonne définitivement ses projets d’émigration aux Etats-Unis et formule une première demande de naturalisation française, qui sera refusée.

 

La guerre et l'Occupation :

Fin des années 30 aussi, Robert entre à l’école en suivant les traces de ses frères. Il fréquente d’abord la maternelle Couronnes, et est encore trop petit lors de la déclaration de guerre du 3 septembre 1939 pour s’en inquiéter. Dès le mois de septembre, « toutes les organisations juives appellent à combattre Hitler et ouvrent des bureaux de recrutement. (…) Des dizaines de milliers de Juifs polonais se portent volontaires » »[4] Matès s’engage mais pas Daniel qui a bientôt vingt ans,  travaille et reste avec sa mère pour subvenir aux besoins de la famille.

D’après son témoignage, la situation demeure correcte pour la famille Handfus, même si le ravitaillement alimentaire est malaisé. Après la signature de l’armistice en juin 1940, le père engagé volontaire rentre à Paris. Le petit Robert retrouve donc son papa juste avant les grandes vacances. A la rentrée de septembre, le recensement des Juifs prôné par André Tulard se met en place. L’inscription de toute la famille sur le « fichier juif » n’empêche pas Robert de rentrer le 30 septembre à « l’école de garçons de la rue Henri Chevreau », en cours élémentaire première année. Au cours des deux années qui vont suivre, les persécutions  contre les Juifs mises en place par le gouvernement de Vichy ne l’empêcheront pas non plus de poursuivre assidument sa scolarité. Ni l’interdiction de fréquenter les mêmes squares  que ses camarades français, ni l’obligation de voyager dans le dernier wagon du métro, ni celle de faire les courses en fin d’après-midi quand les magasins sont vides, n’empêcheront ses maîtres de voir en Robert un élève « intelligent », à la « bonne conduite », à la « bonne tenue », au « bon caractère », ni de louer ses « progrès sensibles ».

A partir du 7 juin 1942, sa mère doit coudre sur sa veste l’étoile jaune, « insigne » sans laquelle il est désormais aux Juifs de paraître en public. Nous ne savons pas comment Robert qui aura seulement 8 ans quelques jours plus tard vit cette nouvelle persécution. Nous avons rencontré cette année Jacques Klajnberg, qui avait 14 ans en juin 1942 et nous a dit comment il avait tenté de cacher cette marque de discrimination à ses camarades en arrivant à l’école de la toute proche rue Tlemcen dans le 20ème et à quel point il avait eu honte de cette nouvelle humiliation. Peut-être Robert fut-il épargné de cette honte grâce à son jeune âge ?

Le témoignage de Daniel en tous cas ne renvoie rien de tel. Dans son souvenir, la date qui bouleverse tout est celle du 16 juillet 1942. Il livre dans son témoignage oral un récit très précis de cette journée-là.

En aout 1941 avait eu lieu une rafle dans le XIème arrondissement.  Daniel travaillait rue du Temple, métro Arts et métiers. Les hommes du quartier furent raflés mais Daniel y échappa, de même qu’il échappa avec son père et son frère Armand à une seconde rafle organisée le lendemain dans le XXème. La famille Handfus décida alors d’aménager une cachette au sein de leur appartement : la fenêtre d’une des chambres donnant sur la voie de la petite ceinture était accessible par une toiture extérieure depuis la fenêtre de la salle à manger. Ils condamnèrent la porte en plaçant devant une lourde armoire ; les hommes pourraient toujours s’y abriter en cas de contrôle.

Le 13 juillet 1942, le Directeur de la Police municipale Hennequin envoie aux commissaires de Paris et de banlieue la circulaire « secrète » 173-42 débutant ainsi : « Les Autorités Occupantes ont décidé l’arrestation et le rassemblement d’un certain nombre de juifs étrangers. La mesure dont il s’agit ne concerne que les juifs des nationalités suivantes : Allemands, Autrichiens, Polonais, Tchécoslovaques, Apatrides, c’est-à-dire de nationalité indéterminée. » Il se trouve que la Pologne avait déchu les membres de la famille Handfus de  leur nationalité polonaise. Cette nationalité « indéterminée », comme l’indiquent les fiches familiales de la Préfecture, avait permis aux Handfus d’éviter les convocations des hommes pour les camps d’internement de Beaune-La-Rollande ou Pithiviers dès 1941. Avec cette circulaire, les Handfus sont aussi concernés.

 

La rafle du Vel d'Hiv' : 16 juillet 1942

 Le 15 juillet, la rumeur d’une nouvelle rafle enfle dans l’Est parisien. Les trois hommes de la famille, Matès, Daniel et Armand, se couchent tout habillés pour être prêts à rejoindre leur cachette derrière le mur de la salle à manger, mais pas Ita ni Robert, qui ne se croient pas concernés par cette nouvelle arrestation massive qui se prépare. A 5 heures du matin, la police investit la rue Henri Chevreau, entre dans l’immeuble et rejoint vite le 1er étage où vivent les Handfus. Les trois hommes se cachent vite dans la petite pièce attenante. Ils entendent les policiers dire à Ita et Robert de préparer leurs affaires pour les emmener. En effet, le Directeur de la police avait fourni à ses équipes des directives très précises : « Les gardiens et inspecteurs, après avoir vérifié l’identité des Juifs qu’ils ont mission d’arrêter, n’ont pas à discuter les différentes observations qui peuvent être formulées par eux. », « Ils n’ont pas non plus à discuter sur l’état de santé. Tout Juif à arrêter doit être conduit au Centre primaire » et surtout, concernant directement Robert : « Les enfants vivant avec la ou les personnes arrêtées seront emmenées en même temps si aucun membre de la famille ne reste dans le logement. Ils ne doivent pas être confiés aux voisins ».

Ainsi, les trois hommes de la famille, impuissants dans leur cachette, malades de peur, entendent les policiers qui menacent leur épouse et mère et le petit Robert qui avait fêté ses huit ans le mois précédent. Ils sont tous deux sauvés par la violente réaction d’Ita qui refuse de partir, se couche sur son lit et se met à hurler : « Si c’est pour mourir, je préfère mourir dans mon lit. » Décontenancés, les agents de police repartent sans la mère ni l’enfant mais en leur indiquant qu’ils reviendront très vite.

La famille se regroupe. Que faire ? La mère déclare qu’au moins un doit rester pour la « survivance » de la famille. Ils n’ont pas le temps d’en décider plus, la police est de retour. Ils n’ouvrent pas et tous les cinq se cachent dans la petite pièce sans en bouger. Ils sont aidés, soutenus et ravitaillés toute la journée par leurs voisins de pallier, Marcel et Léa Lhotte, ainsi que par leur concierge, monsieur Petit. Les policiers n’auront pas ce jour-là la famille Handfus qui échappe à la tristement célèbre rafle du « Vel’ d’Hiv’ ».

 

L'arrestation : 3 août 1942

Ita a un oncle à Paris. C’est un diamantaire marié à une Alsacienne protestante et résidant au 84 bis rue de Picpus. Il accueille Daniel pour le cacher car étant l’aîné, il est en âge de travailler. Il y restera deux mois. Armand a 15 ans, il se déplace grâce à son jeune âge un peu plus librement et peut circuler entre le XIIème et le XXème pour porter des nouvelles. Le reste de la famille se cache dans l’appartement du 17 rue Henri Chevreau, n’en sortant jamais et toujours prêts à rejoindre la petite pièce par la fenêtre. Mais Robert n’a que 8 ans. Les journées d’été de la fin juillet sont interminables et il s’ennuie. Juste en face de chez eux, au 10 rue Henri Chevreau, réside la famille Zawoznik, des Juifs français, dont le fils aîné, Michel, 15 ans, fréquente aussi notre collège en cours complémentaire. Il a trois plus jeunes sœurs, Marguerite, 13 ans, Annette, 10 ans et Jeannine, 7ans, toutes trois inscrites à l’école de filles de la rue de la Mare. Le plus jeune des enfants Zawoznik, Marcel, n’a que 6 ans et va encore à l’école maternelle de la Rue des Couronnes.

Le lundi 3 août 1942, Ita accepte enfin d’emmener Robert de l’autre côté de la rue, jouer chez son petit camarade Marcel, dont toute la famille a obtenu la naturalisation française et n’est, à ce titre pas inquiétée par la Police. Pendant l’absence d’Ita et de Robert, deux policiers reviennent au domicile des Handfus. Le père se cache, Armand ouvre et leur répond : « Pas ma mère, pas mon frère Daniel ». A nouveau, les policiers repartent bredouille et Armand se précipite au 10 rue Chevreau pour prévenir Ita. Mais les gendarmes y sont déjà pour arrêter la famille Zawoznik en dépit de leur nationalité française ; Ita et Robert sont pris. Les policiers veulent envoyer Armand chercher les affaires de la mère ; il s’y oppose et essaie au moins de sauver son petit frère en le gardant avec lui. Refus des policiers : Robert restera avec sa mère. Ils sont tous deux emmenés à Drancy.

 

La déportation : convoi 19

La famille Handfus ne reste pas sans rien faire : Armand se rend à l’Union Générale des Israëlites de France (U.G.I.F.) pour avoir des nouvelles de sa mère, lui faire porter des colis. Devant sa débrouillardise, l’UGIF le « recrute », ce qui lui permet d’obtenir un ausweis (laissez-passer) qui pourrait lui permettre de faire sortir de Drancy Ita et Robert. Mais le temps passe et le papier arrive trop tard : Ita et Robert quittent Drancy le 14 août 1942. Ils sont déportés par le convoi 19. La famille Handfus pense alors qu’Ita et Robert sont « regroupés » en Pologne ; Daniel et Armand espèrent revoir leur mère et leur petit frère à la fin de la guerre. Ils ne savent pas ce qu’est le terminus du convoi 19.

Après plusieurs jours de voyage sans rien à boire ni à manger, dans la chaleur étouffante du mois d’août 42, Ita et Robert débarquent sur la « Judenrampe » des camps d’Auschwitz. Les SS ne séparent pas les mères de leurs enfants pour éviter les mouvements de rébellion : Ita et Robert sont immédiatement condamnés. Ils ne verront même pas le camp. En juillet 42, l’arrivée des convois ne correspond pas à ce que nous avons vu lors de notre voyage ; les trains ne rentrent pas encore dans le centre de mise à mort de Birkenau et les grands crématoires dont nous avons vu les ruines ne sont même pas encore construits. Robert et Ita débarquent dans la campagne polonaise à deux ou trois kilomètres des bunkers dans lesquels les Juifs sont gazés.

Daniel a appris plus tard, à la fin de la guerre, en retrouvant des personnes qui les avaient croisés que Robert et Ita étaient arrivés vivant à Auschwitz. Ils débarquèrent dans la campagne polonaise à deux ou trois kilomètres de Birkenau et furent immédiatement sélectionnés pour la chambre à gaz. Ils rejoignirent à pied le camp et furent assassinés dans une des fermettes-bunkers dont les nazis se servaient à l’époque, le 19 août 1942. Robert avait 8 ans et 2 mois.

Le certificat de déportation de Drancy d’Ita et Robert fut remis à Armand le 22 janvier 1945, probablement parce qu’il était protégé par son ausweis. Son frère Daniel, son père Matès et lui-même durent espérer leur retour et connaître l’attente et la désespérance à l’hôtel Lutetia lors du retour des victimes. En 1946 eut lieu le nouveau recensement ; Matès, Daniel et Armand sont toujours recensés dans leur appartement du 17 rue Henri Chevreau. En l’absence d’acte de décès authentique à présenter, Ita et Robert y figurent aussi, mais dans la colonne « profession », les cases face à leurs noms portent la mention « néant ».

 

 

 


[1] Archives de la Ville de Paris, registres d’inscription scolaire, cote 2894W 23

[2] Lors du recensement de A931, la famille est installée au 17 rue Henri Chevreau.

[3] A.V.P. Registre scolaires, cotes 2894W 23 et 2894W 24

[4] Ivan Jablonka, Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus, ed. Seuil, « points », 2012, p ; 176-178

Les élèves ont été accompagnés cette année par andré Berkover, rescapé du camp d'Auschwitz III-Monovitz, qui y fut déporté en juillet 1944 avec sa mère et son frère. Il en réchappa seul, en s'évadant au moment des Marches de la mort. Un témoignage d'une importance capitale, qui laissera des souvenirs forts aux élèves.

Par Franck (3ème B)

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Nous avons appris la veille du départ que nous serions accompagnés dans notre visite des camps d’Auschwitz par Rainer Höss, petit fils du commandant Rudolf Höss, le bourreau nazi qui mit au point et dirigea, à Auschwitz, l’assassinat de masse de millions de Juifs. Une rencontre très impressionnante pour les élèves.

Par Marie et Eva

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Le mardi 4 mars 2014, , tous les élèves de 3ème du collège ont été reçu dans les salons d’honneur de la Mairie du 20ème arrondissement pour une rencontre organisée par les enseignants et présidée par Pascal Joseph, alors adjoint à la maire en charge de la mémoire, avec deux anciens déportés d’Auschwitz : Ida Grinspan et Henri Borlant.

Texte collectif

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Rencontre avec Henri Borlant et Ida Grinspan, en présence de Pascal Joseph, adjoint au maire, dans les salons d'honneur de la Mairie du XXe arrondissement.

Un moment d'une rare intensité. Pour les élèves, pour leurs accompagnateurs. 

rencontre vignette

 

 

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